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mardi 3 mars 2020

Psychologie sociale du coronavirus (épisode 2): La symbiose des médias et des angoisses collectives

© Chappatte, Der Spiegel


Lorsque j'ouvre le site de la RTBF ce jour, les 7 articles les plus populaires concernent le coronavirus. Il apparaît donc que ce fieffé microbe monopolise l'attention des internautes et plus généralement des consommateurs de médias (alors que, par exemple, les gardes-côtes grecs et des habitants de Lesbos sont en train de refouler des migrants fuyant la Turquie) ce qui ne peut qu'encourager ceux-ci à nous abreuver en nouvelles sur le COVID-19: en effet, la presse en ligne repose sur une "économie de l'attention" - les revenus publicitaires étant proportionnels au nombre de clics et au temps passé sur chaque page. C'est bien connu, l'incertitude nourrit l'angoisse et pour répondre à celle-ci, on cherche donc à s'informer. Les informations ne sont souvent pas des plus rassurantes ("7 nouveaux cas de coronavirus...", "chute des bourses...") et, au lieu d'apaiser les angoisses, elles les attisent. Par ailleurs, le simple fait que le coronavirus soit si présent dans les médias est un signal: si on en parle tant, c'est que ça doit être grave, se dit le lecteur/téléspectateur/auditeur et l'appétit d'informations s'en trouve agrandi! La peur et les médias se trouvent donc ici unis dans une sorte de symbiose qui leur permet chacun de se nourrir de leur partenaire. On sait que les réactions de panique, à travers des bousculades notamment, sont souvent plus meurtrières que ne l'est la cause de la panique elle-même (une rumeur, une odeur...). En l'occurrence, la médiatisation à tout va du coronavirus est susceptible d'attiser des comportements de panique collective potentiellement dangereux. Déjà entend-t-on que les stocks de masques (fort précieux pour les professionnel·les de santé en contact direct avec les patient·es) s'épuisent, que les personnes d'origine asiatique sont victimes de comportements à caractère raciste,... Echapper à cette spirale dangereuse n'est pas une mince affaire: si un rédacteur ou une rédactrice en chef décidait courageusement de limiter sa couverture du microbe, les internautes ne seraient-ils pas susceptibles d'aller consulter ses concurrents? La logique du marché de l'information (notamment étudiée par Gérald Bronner dans la Démocratie des crédules) s'avère ici particulièrement perverse...et ce d'autant plus qu'abondent des sources d'informations peu soucieuses des faits mais purement guidées par l'appât du clic.

PS: Merci à Patrick Chapatte de m'avoir autorisé à reproduire son dessin gratuitement.