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mercredi 4 mars 2020

Psychologie sociale du coronavirus (épisode 3): Le raz-de-marée et la lame de fond

World Visits: The Great Wave at Kanagawa

Hokusai (1830): La grande vague de Kanagawa

Alors que l'on s'inquiète d'une pandémie de coronavirus, l'une des questions les plus régulièrement  adressées par les médias au pseudo-expert des peurs collectives que je suis a la forme suivante : pourquoi les gens ont-il moins  peur de la maladie X (remplissez au choix par "grippe", "fièvre jaune",  "SIDA"...) qui fait X fois plus de ravages que du coronavirus? Ce type de question se fonde sur un présupposé tout à fait invalide : nos angoisses seraient directement proportionnelles à l'ampleur du risque considéré. S'il en était ainsi, on devrait sans doute avoir davantage peur de prendre son vélo, de consommer du sucre, ou de respirer l'air pollué et on ne devrait guère craindre les araignées (inoffensives sous nos latitudes), l'avion ou les souris. Inversement, personne ne devrait jouer au Lotto. Dans la figure ci-dessous, nous voyons comment l'artiste allemande Susanna Hetrich avait représenté l'écart entre les risques perçus (volet au-dessus de la ligne horizontale) et les risques véritables (volet sous la ligne) associés à différents phénomènes (accident d'avion, attaque terroriste, cancer...). Elle a appelé cette série "reality checking device".

dimanche 24 août 2014

L'aveuglement par rapport à la mesure en éducation

old school


La Communauté Française Wallonie-Bruxelles, qui organise l'enseignement en Belgique francophone, est particulièrement soucieuse des résultats obtenus par les écoles à des tests standardisés, en particulier les tests "PISA" effectués dans l'ensemble de l'OCDE. Elle envisage également de proposer un baccalauréat commun à la française et a déjà mis en place différents tests communs en sixième primaire (le "CEB") et en deuxième secondaire (le "CE1D"). Ce type de test peut être utilisé non seulement pour comparer les élèves mais également pour comparer les écoles voire les classes ou leurs professeurs. Il y a quelques années, le sénateur Alain Destexhe proposait du reste dans L'Ecole de l'échec? Comment la réformer (Editions Cortex, 2005) que les parents aient accès aux résultats des tests obtenus par chaque école, afin de pouvoir faire un choix informé et "objectif".

mardi 11 septembre 2012

Pas si mauvais que ça, finalement, le président!

Si vous avez lu ce billet-ci, c'est avec autant de délectation (ou de résignation) que moi que vous lirez les résultats d'un nouveau sondage du Soir montrant (aux dires des journalistes chargés de commenter celui-ci) que "le CDH redresse la tête" et "que le PS reprend la main à Bruxelles" sur base d'évolutions qui se situent à nouveau dans la marge d'erreur. Pourtant ces conclusions contredisent les analyses proposés par les journalistes de La Libre à propos de leur propre sondage. Plus de mystère pour nous. Et beaucoup d'encre pour rien...
Ceci étant, maintenant que nous avons deux sondages, et un effectif +/- doublé, la marge d'erreur diminue sensiblement...Donc, on peut également avoir davantage confiance dans les tendances qui se confirment dans les deux sondages. 

jeudi 16 février 2012

Di Rupo est-il vraiment plus populaire qu'il y a 3 mois? Un petit cours d'inférence statistique appliqué aux sondages d'opinion

Tous les 3 mois, le quotidien belge La Libre publie un sondage évaluant les préférences politiques des Belges. Ce mardi, un des pans de ce sondage était consacré à la popularité de figures politiques diverses dans les trois régions du pays. L'enseignement du sondage, tel que le titre la Une est "Di Rupo superstar".

Sur quoi repose cette conclusion? On soumettait une liste à des "sondés" provenant de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles. "Pour chacune des personnalités suivantes, voulez-vous dire si vous souhaitez lui voir jouer un rôle important dans les prochains mois?". Chaque figure est ainsi dotée d'un "score" qu'on peut comparer à celui obtenu lors du sondage précédent. Et en effet, Di Rupo a gagné 2 points à Bruxelles et en Flandre et 7 points en Wallonie.

Les journalistes de La Libre ne se privent pas de commenter ces écarts.

Considérons par exemple le cas de Bruxelles:

"(...) les Bruxellois gardent une sympathie certaine pour Elio Di Rupo qui gagne 2% par rapport à notre consultation de Novembre (...) Immédiatement après le "numero uno" socialiste mais à quand même 21% de lui, Charles Picqué, tout en perdant 1%, consolide sa position. La troisième marche du podium voit le retour en force de Guy Verhofstadt". 

Il est piquant de constater que le "retour en force" (sic) de ce dernier correspond à une hausse de 1% (de 22 à 23%) alors que la perte équivalente du précédent (Picqué) est qualifiée de "consolidation". Ce type de description émaille l'ensemble du rapport sur les trois régions (chacun concernant une vingtaine d'hommes et de femmes politiques). A la lecture de ces commentaires, il me semble utile de me muer en prof de stats. Car, que sont ces chiffres? Ils proviennent d'un échantillon de 900 personnes. 23% d'entre elles, soit  207 ont répondu qu'elles aimeraient voir Guy Verhofstadt jouer un rôle important. En novembre, sur un autre échantillon de la même taille,  seuls 198 (22%) avaient formulé cette réponse. L'avance de 1% correspond donc à cette différence de 9 personnes. Peut-on pour autant affirmer que cet écart correspond à la différence observée dans l'ensemble de la population bruxelloise? Que le nombre de sympathisants de Verhofstadt s'est donc enrichi de +/- 10000 nouveaux individus?