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dimanche 12 avril 2020

Est-il dangereux de nier le sexisme à l'égard des hommes (s'il existe)?

Je dispense un cours de psychologie du genre, dont une partie importante est consacrée à l'étude du sexisme visant les femmes. A l'issue des cours traitant de cette question, une étudiante m'écrit la chose suivante (extrait):

"J'ai l'impression que la lecture qu'on fait du sexisme, comme ne défavorisant que les femmes, est très dangereuse. Les médias parlent très rarement du fait qu' après un divorce la cour concède les enfants quasi-toujours à la mère, ou que les femmes qui abusent sexuellement sont perçues moins négativement que les hommes et elles ont une peine mineure. Il y a puis toute une problématique liée à la pression que les hommes ressentent sur le plan de la sexualité et du succès professionnel (...) En parler est-il perçu comme du sexisme? Moi j'ai l'impression que oui, cet arguments sont injustement vus comme le tentative de minimiser les effets que le sexisme a sur les femmes, alors que pour moi ça n'a pas de sens car on devrait être tous dans le même côté."


Elliot Rodger, le tueur misogyne d'Isla Vista


dimanche 3 février 2019

Pourquoi les professeurEs sont-elles moins bien évaluées que les professeurs?

J'écoutais récemment le podcast de mon homonyme Ezra Klein. Il interviewait la philosophe australienne Kate Manne sur le sujet de la misogynie (sujet sur lequel elle a beaucoup de choses intéressantes à dire mais je reviendrai peut-être là-dessus dans un autre billet). Kate Manne faisait remarquer une chose intéressante: le fait que parler en public est associé davantage à des rôles de genre "masculins" que "féminins" (une des explications du succès des discours de Trump par rapport à ceux de Hillary Clinton durant la campagne électorale de 2016). Pour illustrer cela, Kate Manne faisait allusion à un résultat bien connu dans la littérature: les avis pédagogiques adressés aux professeurs d'université masculins (c'est-à-dire les évaluations des profs par leurs étudiant·e·s) sont (en moyenne) plus positifs que ceux qui sont adressés aux professeures d'université. Et donc, ceci pourrait s'expliquer par une forme d'incompatibilité entre les attentes que les étudiant·e·s ont vis-à-vis d'une femme et ceux qu'ils ont vis-à-vis d'un prof. d'université. Manne se demande: comment serait perçue un homme vs. une femme qui passe un cours à rédiger des équations compliquées? L'homme serait-il perçu comme un génie et la femme comme une "frustrée"?

Mais ce n'est peut-être pas uniquement du sexisme de la part des étudiant·e·s. Peut-être que la socialisation - l'éducation - "genrée" rend plus facile pour un homme que pour une femme de prendre l' habit du "professeur" une fois que l'occasion s'y prête. Ils peuvent plus facilement adopter ce rôle et sont donc moins confrontés au "contrecoup" (backlash) qui peut toucher les femmes qui ne se conforment pas au rôle qui est attendu d'elle. Ce "contrecoup" correspond à un ensemble de comportements plus ou moins subtils visant à faire comprendre à celles-ci qu'elles ne sont pas suffisamment "féminines".

Manne cite un résultat dont je n'ai pas (encore) pu retrouver la source, et qui corrobore l'influence importante des attentes liées aux rôles de genre: le différentiel d'évaluations entre hommes et femmes professeurs est d'autant plus élevé que l'auditoire est grand. Interprétation: en petits groupes,  les professeures peuvent encore mettre en oeuvre les qualités que l'ont attend d'une femme (s'occuper des étudiant·e·s en difficulté, être gentille, attentionnée, connaître leur prénom...). Ceci est beaucoup plus compliqué en grand auditoire, où les qualités, "masculines", de "tribun" sont plus valorisées.

Remarquons que si le genre de l'étudiant·e joue un rôle, les étudiantes ne sont pas nécessairement plus tendres avec les femmes professeures (dans certaines études, elles favorisent les hommes même davantage que les étudiants masculins eux-mêmes: cf. Spooren et al., 2013).

Bref, le différentiel d'évaluation entre hommes et femmes professeur·e·s d'université ne trouvera sans doute pas d'explication simple du type  "Les étudiant·e·s sont sexistes" ou "Les professeures sont de moins bonnes enseignantes que les professeurs".

Référence

Spooren, P., Brockx, B., & Mortelmans, D. (2013). On the validity of student evaluation of teaching: The state of the art. Review of Educational Research, 83,598-642. 

mercredi 26 février 2014

Pourquoi être beau rapporte-t-il plus quand on est un homme?


Quentin Metsys (1456-1466/1530). La Veille Duchesse. Source: Wikimedia

Ce matin, j'écoutais en podcast le programme "freakonomics radio" lors de mon petit décrassage. Cette émission propose des analyses de phénomènes économiques "à la marge". L'invité du jour était l'économiste Daniel Hamermesh qui s'est intéressé à l'influence de la beauté physique (un sujet qui fait également l'objet de ce billet-ci) sur le salaire. De nombreuses études démontrent qu'être "beau" rapporte: les personnes "belles" ont des salaires plus élevés que les personnes "laides" et ce dans toutes les professions étudiées (à l'exception des cambrioleurs à main armée chez qui, apparemment, la laideur paye sans doute parce qu'il font peur à leurs victimes! cf. Monan & Tekin, 2010). Plus on correspond aux canons de beauté, plus le portefeuille se garnit. Cela s'appelle "la prime à la beauté". Dans l'émission,  les économistes invités évoquent des différences de salaire de l'ordre de 10% entre personnes "belles" (c'est-à-dire d'une beauté supérieure à la moyenne) et "laides" (c'est-à-dire d'une beauté inférieure à la moyenne). Intrigué par ces résultats, je me suis penché un peu plus avant sur le sujet... Voici le résultat de mes incursions dans ce territoire inconnu.

mardi 21 janvier 2014

Pourquoi les garçons réussissent-ils moins bien que les filles à l'école?


Source: Flickr

Dans la plupart des pays industrialisés, on constate des différences importantes entre la réussite scolaire des garçons et des filles. Par exemple, les garçons sont davantage victimes de décrochage scolaire, sont moins nombreux à être diplômés et obtiennent généralement des résultats plus faibles en lecture. Il est légitime de se demander pourquoi. On a tôt fait d'incriminer des différences psychologiques entre garçons et filles: ces dernières seraient plus compétentes dans le domaine verbal, elles seraient plus appliquées, plus persévérantes, plus concentrées, etc.