mardi 24 mars 2020

Retour d'expérience sur l'enseignement à distance en grand groupe au temps du coronavirus

Coronavirus oblige, j'ai pour la première fois donné mon cours à +/- 90 étudiant·es en psychologie du genre (BA-3 psychologie, sc. de l'éducation/logopédie) - à distance via l'application "Microsoft Teams" utilisée dans mon université, l'ULB. J'avais préalablement consulté différents guides (dont celui-ci, général, par Nicolas Roland et celui-ci, sur Teams, par Fabienne Chetail, que je recommande tous les deux vivement) et je suis ravi de l'expérience.

Voici quelques éléments que je retiens de cette aventure - en espérant pouvoir vous en faire profiter si, comme moi, vous êtes amené·e à utiliser ce type d'outils.



La discussion simultanée ("chat")

Je dispense normalement ce cours dans un des plus grands auditoires (amphi) de mon institution et, comme la plupart des cours de ce type, celui-ci consiste principalement à réciter slides à l'appui une matière préparée. Même si j'interroge les étudiant·es de temps, cela reste une relation très asymétrique : peu d'étudiant·es répondent à mes questions (toujours les mêmes) et il est extrêmement difficile d'identifier si une notion a été assimilée ou non, ce qui relativise l'intérêt même de l'activité. Avec "Teams" (ou des outils similaires), il est possible de diffuser le même diaporama mais de voir simultanément les retours des étudiante·s par le biais d'une fenêtre de "chat" sur laquelle il·elles s'expriment plus volontiers qu'à voix haute. La fenêtre de chat permet donc de sonder régulièrement s'il y a des problèmes de compréhension ou de répondre à des questions, ce qui rend le cours bien plus dynamique.

Il est donc particulièrement important de configurer Teams de façon à pouvoir voir le diaporama ET le chat en même temps (ce qui peut se faire en partageant son "bureau"). Pour ce faire,  cliquez sur l'icône "partager"






Choisissez "Bureau":







Lancez le diaporama dans powerpoint (ou autre).

Revenez dans "teams" et cliquez sur la "bulle":





...et le tour est joué...


L'utilisation de sondages interactifs

J'avais préparé des sondages en ligne via l'outil "wooclap". Grâce à cet outil, on peut créer des questionnaires (sous toute une série de formes) à soumettre aux étudiants. Une fois le questionnaire en ligne, le site génère un URL que l'on peut donner aux étudiant·es afin qu'il·elles répondent. C'est l'enseignant·e qui définit le rythme. Il·elle peut par exemple proposer une question, attendre que tout le monde ait répondu (ce qu'il peut voir en direct) et ensuite donner le résultat et "débriefer". Exemple: j'ai présenté une expérience et les hypothèses postulées par les auteurs. Je montrais ensuite un graphique présentant les résultats attendus mais sans donner la légende. Il revenait aux étudiants de la trouver.

Deux avantages:

- Cela permet de maintenir l'attention des étudiant·es·e·s en les rendant actif·ves.
- Cela permet évidemment de s'assurer que la matière a bien été assimilée.

A cet égard, pour l'une de mes questions (choix multiples), j'ai pu constater qu'en dépit du fait que la matière ait été bien assimilée (sur foi des réponses aux questions précédentes), les réponses données étaient majoritairement fausses...ce qui m'a montré (si nécessaire) combien le QCM est un exercice périlleux.

Si vous n'avez pas accès à wooclap, Teams permet également de faire ce type de sondage via l'outil "forms".

Dialogue au-delà du contenu du cours

Lorsqu'on commence un cours en auditoire, j'ai coutume de directement me lancer: éventuellement faire un petit récapitulatif du cours précédent et partir sur le suivant. Ici, vu la nouveauté de l'exercice, et les circonstances particulières (confinement), j'ai commence par poser deux questions toutes simples aux étudiants via wooclap: "Comment allez-vous?" et "Que pouvons-nous faire en tant qu'enseignant·es pour vous aider durant cette période de confinement?". Je voyais donc les réponses se déployer sur l'écran et ça a été l'occasion d'un dialogue avec les étudiant·es permettant d'identifier les problèmes que posait le confinement pour eux et elles. Plusieurs sont dans des conditions difficiles: petits espaces, famille nombreuses, jeunes enfants, etc. Une des difficultés auxquelles il·elles font face est la prolifération d'informations à propos des cours via des canaux très divers (ce que relatait du reste la RTBF aujourd'hui),. Cela demande de véritables talents d'archiviste que de parvenir à centraliser les informations. Une surcharge de travail également (à distance, on se permet sans doute de demander davantage de lectures et de travail individuel, plus chronophage). Par ailleurs, parmi les réponses, on constatait que les étudiant·e·s qui ont assisté à ce cours (à 8H00 du matin!) appréciaient la possibilité de maintenir une relation "synchrone" avec l'enseignant (un commentaire utilisait l'expression "ne pas être abandonné"). Voici par exemple, une réponse à la seconde question:

"Tenir compte de la difficulté de cette période pour adapter les examens en conséquence. Rester à l'écoute, être présents et garder le lien avec les étudiants, essayer de ne pas les surcharger de travaux supplémentaires et centraliser les informations. Merci beaucoup de poser cette question, c'est rassurant savoir que notre situation/condition vous intéresse"

Outre son intérêt informatif, ce type de réponse montre aussi l'utilité de cette démarche pour construire une relation avec les étudiant·es, ce qui ne peut qu'être bénéfique du point de vue de l'engagement dans l'enseignement. En l'occurrence, je pense qu'avoir posé ces questions a contribué au caractère interactif du cours.

Il n'en reste pas moins quelques désavantages. Malgré tout, on passe du temps à régler des questions techniques (micros allumés générant un bruit de fond, difficulté à lancer le sondage en parallèle, problèmes de visualisation des dias...) mais ceux-ci ont tous trouvé une solution (souvent avec l'aide des étudiant·es!) et je pense qu'avec l'expérience, ce problème se résoudra. Par ailleurs, et ceci découle de cela, on passe en revue une quantité de matière moindre que dans un cours typique "à sens unique" en auditoire (tout en pouvant mieux contrôler les apprentissages).

Pour terminer, je suis bien conscient que l'opposition entre l'enseignement à distance et "in vivo" est artificielle. Les outils interactifs que j'ai déployés ici (wooclap mais même le chat) pourraient être utilisés dans un cours en "face à face". Et, de ce point de vue, je pense que cette expérience m'apprendre à dispenser mes cours "normaux" différemment. De cela, à tout le moins, je suis reconnaissant au Covid-19.

A confirmer lorsque je serai un enseignant à distance plus aguerri...





1 commentaire:

  1. I do not think the technology is there yet where you can just hold massive classes over distance, but we sure as hell are trying. Good tactis on the workaround though.

    https://aab-edu.net/kolegji-aab-lansoi-suksesshem-plaformen-elektronike-per-mesim-ne-distance/

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