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jeudi 5 mars 2020

Psychologie sociale du coronavirus (épisode 4) : virus, paravent de nos entrailles

Pourquoi les Amérindiens ont-ils été décimés peu après l'arrivée des Européens? Criblés de balles? Massacrés? Egorgés? S'il ne faut pas sous-estimer la cruauté des conquistadores et autres colons divers, la cause principale de ce génocide réside dans la transmission de maladies infectieuses contre lesquelles le système immunitaire de ces populations n'était guère préparé.

Les membres d'une communauté humaine tendent à développer des défenses immunitaires adaptées aux agents infectieux qui circulent au sein de  celle-ci. Si un groupe est resté isolé pendant de nombreuses générations, le contact avec les membres d'autres communautés, porteurs de virus ou de bactéries inconnues, peut donc se révéler dangereux. Que l'on cherche à éviter ce contact, voire à isoler ces individus ne serait pas totalement irrationnel. En l'occurrence, du point de vue des Apaches et des Navajos, éviter tout contact, même indirect, avec les Européens était une question de survie.



Immigrés chinois en quarantaine à Angel Island (Californie), 1891

mercredi 4 mars 2020

Psychologie sociale du coronavirus (épisode 3): Le raz-de-marée et la lame de fond

World Visits: The Great Wave at Kanagawa

Hokusai (1830): La grande vague de Kanagawa

Alors que l'on s'inquiète d'une pandémie de coronavirus, l'une des questions les plus régulièrement  adressées par les médias au pseudo-expert des peurs collectives que je suis a la forme suivante : pourquoi les gens ont-il moins  peur de la maladie X (remplissez au choix par "grippe", "fièvre jaune",  "SIDA"...) qui fait X fois plus de ravages que du coronavirus? Ce type de question se fonde sur un présupposé tout à fait invalide : nos angoisses seraient directement proportionnelles à l'ampleur du risque considéré. S'il en était ainsi, on devrait sans doute avoir davantage peur de prendre son vélo, de consommer du sucre, ou de respirer l'air pollué et on ne devrait guère craindre les araignées (inoffensives sous nos latitudes), l'avion ou les souris. Inversement, personne ne devrait jouer au Lotto. Dans la figure ci-dessous, nous voyons comment l'artiste allemande Susanna Hetrich avait représenté l'écart entre les risques perçus (volet au-dessus de la ligne horizontale) et les risques véritables (volet sous la ligne) associés à différents phénomènes (accident d'avion, attaque terroriste, cancer...). Elle a appelé cette série "reality checking device".

mardi 3 mars 2020

Psychologie sociale du coronavirus (épisode 2): La symbiose des médias et des angoisses collectives

© Chappatte, Der Spiegel


Lorsque j'ouvre le site de la RTBF ce jour, les 7 articles les plus populaires concernent le coronavirus. Il apparaît donc que ce fieffé microbe monopolise l'attention des internautes et plus généralement des consommateurs de médias (alors que, par exemple, les gardes-côtes grecs et des habitants de Lesbos sont en train de refouler des migrants fuyant la Turquie) ce qui ne peut qu'encourager ceux-ci à nous abreuver en nouvelles sur le COVID-19: en effet, la presse en ligne repose sur une "économie de l'attention" - les revenus publicitaires étant proportionnels au nombre de clics et au temps passé sur chaque page. C'est bien connu, l'incertitude nourrit l'angoisse et pour répondre à celle-ci, on cherche donc à s'informer. Les informations ne sont souvent pas des plus rassurantes ("7 nouveaux cas de coronavirus...", "chute des bourses...") et, au lieu d'apaiser les angoisses, elles les attisent. Par ailleurs, le simple fait que le coronavirus soit si présent dans les médias est un signal: si on en parle tant, c'est que ça doit être grave, se dit le lecteur/téléspectateur/auditeur et l'appétit d'informations s'en trouve agrandi! La peur et les médias se trouvent donc ici unis dans une sorte de symbiose qui leur permet chacun de se nourrir de leur partenaire. On sait que les réactions de panique, à travers des bousculades notamment, sont souvent plus meurtrières que ne l'est la cause de la panique elle-même (une rumeur, une odeur...). En l'occurrence, la médiatisation à tout va du coronavirus est susceptible d'attiser des comportements de panique collective potentiellement dangereux. Déjà entend-t-on que les stocks de masques (fort précieux pour les professionnel·les de santé en contact direct avec les patient·es) s'épuisent, que les personnes d'origine asiatique sont victimes de comportements à caractère raciste,... Echapper à cette spirale dangereuse n'est pas une mince affaire: si un rédacteur ou une rédactrice en chef décidait courageusement de limiter sa couverture du microbe, les internautes ne seraient-ils pas susceptibles d'aller consulter ses concurrents? La logique du marché de l'information (notamment étudiée par Gérald Bronner dans la Démocratie des crédules) s'avère ici particulièrement perverse...et ce d'autant plus qu'abondent des sources d'informations peu soucieuses des faits mais purement guidées par l'appât du clic.

PS: Merci à Patrick Chapatte de m'avoir autorisé à reproduire son dessin gratuitement. 

vendredi 28 février 2020

Psychologie sociale du coronavirus (épisode 1): Le coronavirus est un terreau fertile pour les théories du complot - voici pourquoi c'est un problème sérieux


Traduction française de l'article de Daniel Jolley & Pia Lamberty paru dans The Conversation (par Olivier Klein)

Le champion romain Coronavirus apparaît dans la BD "Astérix et la Transitalique".
Le coronavirus continue à se répandre autour du monde. De nouveaux cas sont identifiés sans cesse. Mais une autre chose se transmet, semble-t-il, aussi rapidement : des théories du complot prétendant que des agents puissants manigancent des méfaits en rapport avec le virus. Nos travaux sur les théories du complot dans le domaine de la santé montrent que ceci peut être aussi dangereux pour la société que l’épidémie elle-même.